Prendre des nouvelles de chaque adhérent : le calcul

Demandez à un délégué général s'il aimerait prendre des nouvelles de ses adhérents plus souvent. La réponse est toujours oui. Demandez-lui ensuite quand il a parlé pour la dernière fois, vraiment, à un adhérent qui n'appelle jamais. En général, il y a un silence.

Ce silence n'est pas un manque d'attention. C'est une question d'agenda. Et elle se calcule.

Combien de temps faut-il pour prendre des nouvelles de tous ses adhérents ?

Beaucoup plus qu'on ne le croit. Prenons une hypothèse volontairement modeste : 20 minutes par échange réel. Le temps de joindre la personne, souvent en plusieurs essais, de parler, puis de noter ce qui s'est dit.

Pour 500 adhérents, un seul tour représente environ 170 heures. Plus d'un mois de travail à temps plein pour une personne, sans rien faire d'autre : pas de ligne conseil, pas d'événement, pas de dossier. Et un tour par an ne suffit pas pour voir venir quelqu'un qui s'éloigne. Deux tours, c'est deux mois.

Ce sont des ordres de grandeur, à refaire avec vos propres chiffres. Mais quel que soit le calcul, il aboutit au même endroit : une équipe de deux ou trois salariés ne peut pas être présente auprès de chacun à la fréquence qu'elle voudrait. Ce n'est pas une question de volonté. C'est une question d'heures.

Qui reçoit vraiment de l'attention aujourd'hui ?

Ceux qui appellent. La ligne conseil, l'accueil, les permanences servent bien ceux qui viennent. Ils forment le noyau, et ils sont bien suivis.

Le lien suit donc la pente du téléphone. L'adhérent qui a le réflexe de décrocher est accompagné. L'autre ne l'est pas, faute de temps pour aller le chercher. Or celui qui n'appelle pas n'est pas celui qui n'a pas de besoin. Souvent, c'est l'inverse.

Pourquoi certains adhérents ne mesurent pas ce que leur adhésion leur apporte ?

Parce que les services d'une fédération sont précieux et difficiles à lire depuis l'extérieur. Convention collective, veille réglementaire, appui juridique, formation, défense du métier : pour un professionnel seul, le nez dans son activité, rien de tout cela n'est évident.

Le vrai problème n'est pas qu'il ignore ces services. C'est qu'il ne sait pas que sa question du jour en relève. Une nouvelle obligation, une échéance réglementaire, un salarié à reprendre, un litige avec un client : il se débrouille, bien ou mal, sans faire le lien avec sa fédération. Il ne formule aucune demande, parce qu'il ne sait pas qu'il y en a une à formuler.

Dans les échanges que j'ai avec des délégués généraux, ce point revient souvent : l'adhérent qui part n'a pas refusé un service, il ne l'a jamais vu.

La newsletter ne suffit-elle pas ?

Elle est indispensable. Elle informe tout le monde en même temps, et aucune équipe ne pourrait s'en passer.

Mais une newsletter diffuse, elle ne converse pas. Elle ne dit pas qui s'est senti concerné par un sujet, ni qui ne s'y est pas reconnu. L'adhérent qui ne comprend pas qu'un article le touche ne répond pas pour le dire. Il passe au message suivant.

Quand découvre-t-on qu'un adhérent s'est éloigné ?

Le plus souvent au moment de la cotisation, quand il ne reprend pas sa carte. À ce stade, il est parti dans sa tête depuis des mois.

La raison donnée, quand il y en a une, est rarement la vraie. « Le prix », « la conjoncture » : ce sont des réponses qui ferment la conversation sans obliger à s'expliquer. Bien souvent, elles veulent dire autre chose : je ne vois plus bien à quoi ça me sert.

Que change le fait d'aller vers l'adhérent plutôt que de l'attendre ?

Tout tient dans l'inversion de l'effort. Au lieu d'attendre qu'un adhérent formule une question qu'il ignore avoir, on lui en pose une, simple, liée à son actualité : êtes-vous prêt pour telle échéance ?

Il répond d'un mot. S'il n'est pas prêt, on l'oriente vers ce que la fédération a déjà : le guide, le bon conseiller, l'atelier du mois. S'il est en avance, on lui propose de partager son expérience avec ceux qui ne le sont pas.

Trois choses changent alors. La fréquence n'est plus limitée par l'agenda de l'équipe. L'adhérent découvre ce à quoi il a droit sans avoir rien à chercher ni à rédiger. Et la fédération sait enfin quelle part de ses adhérents n'est pas prête, sans avoir passé un seul appel.

L'équipe, elle, garde ce qui compte : les échanges où un humain fait la différence.

Ce qu'on cherche vraiment

L'objectif n'est pas qu'on lise davantage la fédération. C'est qu'un adhérent, un jour, face à un problème concret, se dise : heureusement que j'ai ma fédération.

Pour que cette phrase arrive, il faut être là plus souvent qu'une petite équipe ne peut l'être seule. C'est précisément le problème sur lequel je travaille.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour faire le tour de tous ses adhérents ?

Avec une hypothèse modeste de 20 minutes par échange réel, un tour complet de 500 adhérents représente environ 170 heures, soit plus d'un mois de travail à temps plein pour une personne. Ce n'est pas tenable plusieurs fois par an pour une équipe de deux ou trois salariés.

Pourquoi les petits adhérents s'éloignent-ils sans prévenir ?

Parce qu'ils n'appellent pas et ne savent pas toujours que leur question du jour relève de ce que leur adhésion couvre. Ils ne formulent pas de demande, donc la fédération ne les entend pas, et le décrochage n'apparaît qu'au moment de la cotisation.

Un questionnaire annuel suffit-il à comprendre pourquoi un adhérent part ?

Rarement. Un questionnaire donne une note, pas le pourquoi, et il est surtout rempli par ceux qui sont déjà proches de la fédération. Ceux qui s'éloignent sont précisément ceux qui ne répondent pas.

Faut-il remplacer la newsletter ?

Non. La newsletter informe tout le monde en même temps et reste indispensable. Elle diffuse, elle ne converse pas : elle ne dit pas qui s'est senti concerné, ni qui n'a pas compris que le sujet le touchait.